Penc Mi (L'assemblée)

Mamadou Khouma Gueye et Emmanuelle Chérel, avec Plan B.
Installation vidéo et film, 2018

Pourrions-nous imaginer, toi et moi, « nous », dans un lieu où nous partagerions le même chemin ? C'est un lieu qui ne pourrait être connu par aucune d'entre nous au commencement mais qui serait au contraire une nouvelle découverte. Une possibilité pour chaque nouvelle génération de prendre un nouveau départ. Le monde ouvre les yeux sur le « nous » balbutiant, avançant à tâtons, collectif s’improvisant à mesure, apprenant à se voir et à se dire. « Chaque “je” porte avec lui un “nous” », tentant de prendre en compte la mise en relation cordiale, conflictuelle et ponctuelle d’une diversité d’individus. Des individus : voilà le changement dans l’agencement collectif, qu’il faut désormais tenter de penser en partant de l’échelon sujet, radicalement singulier, pour penser des formes d’alliance qui ne se raccrochent pas à des collectifs pré-constitués, à des « nous » préexistants. Sortir des liens d’identification et d’appartenance pour construire des situations d’énonciation collectives et des modes de sociabilité contextuels qui ne préexistent à aucun des groupes en présence : la tâche a tout à voir avec la création de formes et la visualisation de multitudes ; tout à voir donc aussi avec l’invention de nouveaux paradigmes artistiques.


Durant 5 jours, ce projet de film a réuni 7 personnes, à Guinaw Rail, dans la banlieue de Dakar.

7 personnes qui ne se connaissaient pas. Toutes avec un parcours, une vie singulière.

7 personnes qui ont accepté notre proposition de se réunir en assemblée et de discuter ensemble des questions qui les préoccupent.

Celles de là où elles vivent, le Sénégal.

L'économiste Ndongo Samba Sylla a contribué à l'échange une soirée.

Ainsi ont été abordées les questions du travail, de l'environnement, du rapport a la nature, de la situation des jeunes, de la place de la religion, des castes, de l'accaparement des richesses, du modèle de développement et de la conception de la réussite sociale, de l'empathie, des normes sociales, des imaginaires, de l'éducation, du rôle de l'artiste, de philosophies africaines...

Et tout en s'écoutant, en conversant, il s'agissait d'envisager l'en commun,

le mbokk, parenté, principe de communauté, inclusion.

De revenir sur ce terme de commun (du mot latin com-munus) qui signifie donner ensemble.

Le commun n'est pas une chose à priori : il est une chose à laquelle on travaille continuellement, entre liberté et nécessité.

De partir dans cette recherche. Être en partage, être dans le partage. Être ensemble. Au delà des préjugés.

Dans le lien et la relation tissés avec les autres sans oublier la différenciation et la divergence.

Un processus qui n'est évidemment pas toujours simple.


Durant la biennale Dak'art 2018, 5 projections publiques sont prévues dans les rues de Guinaw Rail et à la Médina.

En utilisant le film ou des extraits, comme support et prétexte à d'autres discussions initiées pour ceux qui le voudront, chacune d'entre elles relancera à sa manière l'assemblée.

Les séances seront enrichies par la présence d'une troupe de théâtre forum, d'un chercheur, d'un rappeur ou groupes de musiciens... Elles seront filmées. Traces d'un processus en cours, l'univers n'est pas stable.

Ce projet fait suite à une série de propositions ayant été faites notamment avec Kër Thiossane 1.




1 Agir le Bien Commun/ Villes africaines , espaces d'émancipation et réinvention de soi avec Mamadou Diouf, Felwine Sarr, Cheikh Ndiaye, Armin Kane, Piniang, Emmanuelle Chérel. Agir le Bien Commun n°2, https://www.youtube.com/watch?v=U_XLj3ithZ4